Loup gris et la mouche de Gilles Bizouerne

Loup gris et la mouche, Gilles Bizouerne et Ronan Badel chez Didier Jeunesse. 2017. 978-2-278-08539-2. 12,50 €

Un album très réussi. Loup gris fait sa sieste tranquillement après son repas mais une mouche le dérange. Ni une, ni deux, gloups la mouche. Non mais ! Mais, mais, le voilà qui se met à zozoter. Sa meute se moque de lui. Il doit vite trouver une solution. Une idée de génie lui vient. De génie… vraiment ? Pauvre Loup gris qui va de déconvenue en déconvenue.

Gilles Bizouerne nous emporte avec beaucoup d’humour dans cette nouvelle mésaventure de Loup gris, aussi amusante à lire qu’à conter. J’ai testé l’album pour clore une séance de classe de moyenne section : les enfants ont beaucoup ri et l’éclair de compréhension dans leurs yeux au moment de la chute était très réjouissant !

Avis : A partir de 4 ans. ♥

 

Publicités

En passant

Oh, hé, ma tête ! Shinsuke Yoshitake

Oh, hé ma tête ! de Shinsuke Yoshitake. Kaléïdoscope. 2017. 978-2-87767-926-8. 11 €

Cet album destiné aux plus jeunes est un véritable coup de coeur. Au moment du bain, un petit garçon qui « veut faire tout seul » se retrouve le tête coincée dans son t-shirt. Il imagine alors le pire : et s’il passait sa vie ainsi ? L’humour de situation associé à de jolies illustrations simples mais parlantes rend son histoire très cocasse et drôle. Rire garanti !

En passant

Ma grand-mère est une terreur, Guillaume Guéraud

Ma grand-mère est une terreur, Guillaume Guéraud, Le Rouergue, 2017.

Une fois n’est pas coutume, je présente un roman adressé aux 9 ans et plus, dont l’achat m’a vraiment mise en colère. Recommandé dans Télérama Enfants, intéressant pour la JPL, avec la 4ème de couverture suivante :

On l’appelle Mémé Kalashnikov ! Car la grand-mère de Louis est une terreur, il déteste passer des vacances dans sa maison au fond des bois, sans télé ni rien. Mais cette fois-ci, il ne va vraiment pas s’ennuyer. Car sa grand-mère, moitié sorcière moitié activiste politique, s’oppose à la construction d’une route près de chez elle. Avec son chaudron magique, sa faucille et son marteau, elle ne craint personne ! Du rire, de l’aventure et un soupçon de fantastique pour les jeunes lecteurs.

J’en commence donc la lecture avec impatience (voilà peut-être un futur coup de coeur). Et là, quelle déception ! Le vocabulaire est pour le moins d’un niveau familier, voire vulgaire et même argotique ! Dès le premier chapitre et tout au long du livre, c’est un florilège de « foutre », « coller une contravention », « coller une bègne », « glaviot », d’inversions incorrectes : « Il faisait si froid […] elle me raconte quand je lui pose des questions »,  de négations incomplètes…

Certes, l’histoire de cette Mémé Kalashnikov semblait délicieusement insolente mais je ne comprends pas le recours à ce style inutile, qui gâche l’ensemble. Séverine Vidal, par exemple, a également recours à un style familier et même à des gros mots, mais pour mieux transcrire la pensée de ses personnages adolescents en reprenant leur façon de s’exprimer (et non pour la partie narrative). Cela ne nuit en rien à ses romans. Mais ici, à destination d’enfants de CM1, la vulgarité est vraiment inappropriée. La langue française est suffisamment riche pour employer des mots non grossiers dans un style dynamique et moderne, de nombreux auteurs y parviennent et offrent heureusement une écriture de qualité aux plus jeunes !

Avis : Hélas !

En passant

De l’autre côté, Stefan Casta

De l’autre côté, Stefan Casta, Thierry Magnier, 2017, 979-10-352-0012-1, 17 €

« Une maison isolée pleine de charme, ce sera le refuge idéal pour Elina et son père meurtris par la mort accidentelle de Vanessa. Mais la maison est aussi mystérieuse, on la dit maudite. Au fil des saisons, Elina apprivoisera le lieu, et nous racontera une année capitale de son existence. Mais qui est ce garçon brun qui semble si bien connaître la maison et s’y installe avec eux ? Et ce renard qui rôde autour de la maison a-t-il joué un rôle dans l’accident où Vanessa a trouvé la mort…
Avec son écriture faussement simple, Stefan Casta parle de l’absurdité de la vie avec gravité, poésie et douceur. » [Decitre]


Le maître mot de ce roman est atmosphère. Oscillant entre réalisme crû et descriptions envoûtantes de la nature empreintes de poésie, flirtant avec le surnaturel, De l’autre côté happe le lecteur. Les personnages sont pleins de failles et de contradictions, attachants et déconcertants. Récit de vie d’une jeune fille contemporaine, récit pour apprivoiser le deuil et se reconstruire, mystérieux, parfois à la limite du fantastique voire du thriller, ce roman est inclassable et se révèle étonnamment … apaisant.

A partir de 13 ans. Avis : ♥♥

Mosquitoland, David Arnold

Mosquitoland, David Arnold, Milan, 2017, 978-2-7459-7784-7, 15.90 €

Mim est une jeune adolescente qui « ne va pas bien », sans que le lecteur ne sache trop pourquoi : dépression, schizophrénie… le doute persiste tout au long de ce road movie raconté par Mim et par le biais des courriers qu’elle adresse à Isabel. Détraquée par le divorce de ses parents, par le remariage de son père avec une jeune bimbo et la fuite mystérieuse de sa mère, face à une belle-mère détestée, sous médoc, Mim prend donc la tangente pour retrouver sa mère. Ce voyage désespéré, déconcertant et initiatique, la mènera finalement à elle-même.

Le style initial décousu rend difficile l’entrée dans cette histoire et dans la tête d’une jeune apparemment perturbée : où veut donc en venir Mim ? Mais la question-même dévoile combien on se laisse prendre insidieusement par l’héroïne et ses incertitudes devant sa maladie. Le récit de ce mal-être adolescent et de cette recherche de soi au sein et au-delà d’une famille dysfonctionnelle emporte délicatement, émeut et interroge sur l’acceptation de soi, des autres et de la différence. Le tour de force de l’auteur est d’avoir lié l’évolution de son personnage avec les styles employés, de plus en plus cohérents et posés. Ce livre à la thématique originale ne laisse donc pas indifférent. A découvrir !

A partir de 15 ans. Avis : ♥

Un aigle dans la neige, Michael Morpurgo

Un aigle dans la neige, Michael Morpurgo, Gallimard Jeunesse, 2016, 978-2-07-058908-1, 13,50 €

Alors qu’ils fuyaient Londres en train, pour échapper aux bombardements, Barney et sa mère se trouvent immobilisés dans un tunnel et plongés dans le noir. Pour les rassurer, un inconnu commence alors à témoigner de l’incroyable destin de son ami Billy, simple soldat le plus médaillé d’Angleterre.

Dans un style fluide et prenant, Michael Morpurgo poursuit son exploration des anecdotes de guerre et revient sur l’histoire véridique du soldat qui aurait pu empêcher la Seconde Guerre Mondiale. Il nous offre un joli et étonnant récit. A partir de 10 ans.

En passant

Perdus de vue, Yaël Hassan&Rachel Hausfater

Perdus de vue, Yaël Hassan & Rachel Hausfater, Flammarion Jeunesse, 2016, 978-2-08-135658-0 , 5,70 €

Un jeune des cités, Sofiane, se retrouve malgré lui « garçon de compagnie » d’une vieille dame aveugle. En dépit des différences sociales, ils vont sympathiser et se soutenir pour affronter leurs erreurs et apprendre à pardonner. Cette sympathique histoire n’est pas sans rappeler le film Intouchables. Malgré les stéréotypes, le ton est fluide, le langage fleuri et on se surprend à rire aux mésaventures des personnages, somme toute bien attachants. Une petite lecture détente donc… en passant. A partir de 11 ans.

En passant

De longues nuits d’été, Aharon Appelfeld

De longues nuits d’été, Aharon Appelfeld, Ecole des Loisirs, 2017, 978-2-211-23047-6, 15 €

Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, Michaël, jeune juif de 11 ans, est confié à Sergueï, le vieux soldat aveugle. Devenu Janek, il l’accompagne dans ses pérégrinations et suit sa formation : se rapprocher de Dieu, devenir fort pour lutter contre ses ennemis, être humble et droit, s’accepter et résister. Tout au long de leur vagabondage, Sergueï dispense des leçons de vie, guidant Janek vers l’autonomie.

Véritable témoignage sur l’âme juive (yiddish?) et empreint de religiosité, ce récit initiatique apaise par son rythme lent, lent comme le pas de la marche, lent comme le vagabondage, si dépaysant à notre époque hyperconnectée. Merci à Valérie Zenatti pour sa traduction soignée. Cependant, la religiosité et le caractère répétitif des conseils donnés m’ont laissée perplexe quant-à l’âge du lectorat visé. En effet, se dégage finalement une histoire au caractère suranné, rappelant les bons livres de chez Mame du début du XXème siècle. Autant Adam et Thomas était vu à hauteur d’enfant et portait un regard original sur la guerre, très intéressant, autant De longues nuits d’été semble en décalage avec le jeune lecteur actuel. Parole d’un lecteur de 14 ans : « C’est lent, il n’y a pas d’histoire, c’est juste un vagabondage ».

Je ne saurai donc dire quel sera son avenir hors prescription. Je l’ai néanmoins acquis pour la bibliothèque, en roman jeunesse, pour le témoignage décalé qu’il offre sur la Guerre Mondiale, dans le cadre des programmes au collège. Et il est… emprunté !  ♥

A partir de 12 ans. Avis : ♥

 

Macha ou l’évasion – Jérôme Leroy

201703machaMacha ou l’évasion de Jérôme Leroy. Syros. 2016 [978-2-7485-2190-0. 16,95 €] – A partir de 13 ans. ♥

Notre monde a basculé dans la Douceur : désormais, les humains vivent au milieu de la nature, en harmonie, respectueux des autres et de leur environnement. De jeunes cueilleurs d’histoire invitent l’une des doyennes des communautés, Macha, à transmettre le récit de sa vie d’avant, à raconter le Monde de la Fin.

Un roman de circonstance ! Oscillant entre utopie (la Douceur) et dystopie (notre monde), Jérôme Leroy dénonce, sans mièvrerie et avec réalisme, la violence ordinaire de notre société de consommation (violence faite aux femmes, aux animaux, aux autres), la montée du racisme, la scission entre une population s’appauvrissant et une élite se renfermant sur son mode de vie. Il imagine l’arrivée au pouvoir du Bloc Patriotique et les affrontements en résultant. Le contraste entre l’utopie et la France actuelle est saisissant. Le roman a donc un aspect très engagé, avec des personnages complexes. Il fait réfléchir sur l’évolution de notre société et sur l’engagement politique : quel est le prix de l’avènement d’un monde de douceur ? Quel serait le point de bascule ? Eradiquer la violence sans la violence, est-ce possible ? Enfin, le style est riche, alternant un rythme lent et apaisant décrivant le nouveau monde et un tempo haletant correspondant à la fuite de Macha. Un grand coup de cœur.

Les enfants de Poséïdon – Alastair Reynolds

201702poséidon1Les enfants de Poséïdon. T.1. La terre bleue de nos souvenirs, Alastair Reynolds. Bragelonne, « Milady ». 2015. [poche en 2016. 978-2-8112-1775-4. 9,90 €]

Pour André-François Ruaud & Raphaël Colson dans Science-Fiction, les frontières de la modernité (Essais Mnémos. 2014. p. 20). « La science-fiction apparaît même comme la composante la plus structurée et la plus représentative du champ de réflexion déployé par l’imaginaire moderne pour débattre de l’homme et de la civilisation. Ainsi, en ce début de XXIe siècle, les thématiques de la culture science-fictive rendent compte, plus que jamais, des transformations techno-sociétales qui sculptent le futur de nos sociétés […] son rôle consiste à préparer, voire à conditionner, l’imaginaire collectif au monde de demain. »

Les enfants de Poséïdon du britannique Alastair Reynolds est un roman qui correspond parfaitement à cette définition. Enfin, un vrai roman de science-fiction, pure et dure, sans évolution zombiesque ou petits hommes verts. Juste de la SF dense et foisonnante de technologies crédibles, qui aborde de nombreux sujets touchant à la philosophie et à la sociologie : dérives de l’intelligence artificielle, intelligence animale, les limites de la liberté illimitée, société libertaire ou liberticide, transhumanisme, écologie, implications sur l’homme du voyage spatial (lire « Vivre dans l’espace pas si simple… » dans le dernier Science&vie. Mai 2017). Avec comme point de départ de cette néo-révolution l’Afrique ! Un roman génial donc pour son caractère fouillé et synthétique sur les études actuelles en sciences dures et sciences humaines. L’avenir nous dira s’il s’agissait d’anticipation !

Previous Older Entries

%d blogueurs aiment cette page :