Macha ou l’évasion – Jérôme Leroy

201703machaMacha ou l’évasion de Jérôme Leroy. Syros. 2016 [978-2-7485-2190-0. 16,95 €] – A partir de 13 ans. ♥

Notre monde a basculé dans la Douceur : désormais, les humains vivent au milieu de la nature, en harmonie, respectueux des autres et de leur environnement. De jeunes cueilleurs d’histoire invitent l’une des doyennes des communautés, Macha, à transmettre le récit de sa vie d’avant, à raconter le Monde de la Fin.

Un roman de circonstance ! Oscillant entre utopie (la Douceur) et dystopie (notre monde), Jérôme Leroy dénonce, sans mièvrerie et avec réalisme, la violence ordinaire de notre société de consommation (violence faite aux femmes, aux animaux, aux autres), la montée du racisme, la scission entre une population s’appauvrissant et une élite se renfermant sur son mode de vie. Il imagine l’arrivée au pouvoir du Bloc Patriotique et les affrontements en résultant. Le contraste entre l’utopie et la France actuelle est saisissant. Le roman a donc un aspect très engagé, avec des personnages complexes. Il fait réfléchir sur l’évolution de notre société et sur l’engagement politique : quel est le prix de l’avènement d’un monde de douceur ? Quel serait le point de bascule ? Eradiquer la violence sans la violence, est-ce possible ? Enfin, le style est riche, alternant un rythme lent et apaisant décrivant le nouveau monde et un tempo haletant correspondant à la fuite de Macha. Un grand coup de cœur.

Les enfants de Poséïdon – Alastair Reynolds

201702poséidon1Les enfants de Poséïdon. T.1. La terre bleue de nos souvenirs, Alastair Reynolds. Bragelonne, « Milady ». 2015. [poche en 2016. 978-2-8112-1775-4. 9,90 €]

Pour André-François Ruaud & Raphaël Colson dans Science-Fiction, les frontières de la modernité (Essais Mnémos. 2014. p. 20). « La science-fiction apparaît même comme la composante la plus structurée et la plus représentative du champ de réflexion déployé par l’imaginaire moderne pour débattre de l’homme et de la civilisation. Ainsi, en ce début de XXIe siècle, les thématiques de la culture science-fictive rendent compte, plus que jamais, des transformations techno-sociétales qui sculptent le futur de nos sociétés […] son rôle consiste à préparer, voire à conditionner, l’imaginaire collectif au monde de demain. »

Les enfants de Poséïdon du britannique Alastair Reynolds est un roman qui correspond parfaitement à cette définition. Enfin, un vrai roman de science-fiction, pure et dure, sans évolution zombiesque ou petits hommes verts. Juste de la SF dense et foisonnante de technologies crédibles, qui aborde de nombreux sujets touchant à la philosophie et à la sociologie : dérives de l’intelligence artificielle, intelligence animale, les limites de la liberté illimitée, société libertaire ou liberticide, transhumanisme, écologie, implications sur l’homme du voyage spatial (lire « Vivre dans l’espace pas si simple… » dans le dernier Science&vie. Mai 2017). Avec comme point de départ de cette néo-révolution l’Afrique ! Un roman génial donc pour son caractère fouillé et synthétique sur les études actuelles en sciences dures et sciences humaines. L’avenir nous dira s’il s’agissait d’anticipation !

L’île aux dragons – Eric Sanvoisin

201702dragonsCoffret L’île aux dragons, Eric Sanvoisin. Auzou. « Pas à pas ». 2016. [978-2-7338-4459-5. 14,95 €] – A partir de 7 ans

Ervaël, l’enfant-dragon, est devenu roi des dragons et s’est réfugié avec ses compagnons sur Braise, une île secrète. Mais les humains, menés par Le Borgne Rouge, le retrouvent. La flotte des pirates se rapproche dangereusement. Ervaël pourra-t-il négocier avec ses ennemis ? Est-ce un piège ?

Avec une belle écriture et un style haletant, Eric Sanvoisin poursuit les aventures trépidantes de l’enfant-dragon et offre aux jeunes lecteurs un joli petit roman de fantasy. Les personnages sont attachants et dégagent une certaine profondeur. Amitié, amour, confiance et trahison sont au rendez-vous. Et les questions soulevées sont nombreuses : le prix de la paix ou de la guerre, précipitation ou réflexion… Une heureuse surprise donc, qui est empruntée sans discontinuer par nos lecteurs. Un vrai coup de coeur.

Brune – Timothée de Fombelle. Spécial Dyslexie

Brune de Timothée de Fombelle. Belin. Collection « Colibri ». 2016. [978-2-410-00137-2. 7,90 €] – A partir de 8 ans.

Gabriel cumule les bêtises, mais pour une fois, ce n’est vraiment pas de sa faute ! Qui a donc pu briser la verrière du gymnase ? Et bien sûr, personne ne croit en son innocence ! Il décide donc de mener l’enquête… et découvre une drôle de petite créature : Brune. Que faire ? La dénoncer pour qu’elle finisse cobaye ou qu’on le prenne pour un fou..?

Les mots claquent et sonnent avec bonheur tout au long de ce roman qui amène à réfléchir aux conséquences de ses bêtises. On compatit avec Gabriel, en « bon petit diable » et on s’émerveille devant Brune, petite Poucette moderne. Timothée de Fombelle nous embarque de nouveau dans son univers entre fantastique et cour d’école. Un régal et vrai coup de coeur.

De plus, cette jolie collection Colibri est dédiée aux DYS (dyslexie principalement) et offre des romans diversifiés, écrits par des auteurs de littérature de jeunesse reconnus, intéressant aussi bien les DYS que les non-DYS. On pourrait craindre une maquette trop technique ou connotée « petit lecteur » mais, au contraire, l’accent est mis sur la simplicité et la typographie pour rendre la lecture fluide et non parasitée. Pour ma part, une vraie réussite. Je complète peu à peu mon fonds de romans 6-8 ans avec les autres titres également sympathiques : Victor l’inventeur d’Agnès de Lestrade, La console ensorcelée d’Oliver Muller. Prochain achat prévu : Terra 4 de Christian Grenier et Greta l’ogresse de Florence Hinckel.

Jusqu’à présent, il était difficile de trouver des romans hors champ scolaire pour répondre aux demandes des lecteurs, ce qui était tout de même un comble. Mais plusieurs éditeurs relèvent enfin le défi.

Rageot a lancé depuis le 19 avril 2017 la collection FlashFiction qui reprend des titres à succès de manière adaptée (L’Ami Zarbi, Il Pleut des parapluies et Une Ecole parfaitement normale, Contact). Je ne les ai pas encore lus mais voici des critiques positives :

Site d’Actu SF Mes Premières Lectures

Lirado

Avec la collection de livres numériques DYScool, Nathan réédite aussi ses derniers succès « Premiers romans » à lire sur tablette (Clodomir Mousqueton, Le buveur d’encre, Petites histoires de la mythologie). Intéressant à condition que la bibliothèque prête des tablettes aux enfants, donc compliqué à utiliser en médiathèque. A voir cependant, en lien avec le prêt de livres numériques.

Les pratiques de médiation en bibliothèque – Présentation du 26/04/2017

Dans le cadre de la Journée d’études organisée par l’ESPE de Versailles aujourd’hui, voici la présentation relative aux pratiques de médiation en bibliothèque. J’ai repris le déroulé de mon mémoire de Master en littérature de jeunesse qui portait sur l’évolution des bibliothèques pour enfants, reflet du développement de la littérature de jeunesse, en le complétant avec des exemples de médiation rencontrés en bibliothèque ou trouvés sur les sites Internet de médiathèques (Chatou, Cormeilles-en-Parisis, Bourg-en-Bresse, Moulins, Colombes, La Petite Bibliothèque Ronde…). J’espère ainsi offrir un large panorama. Mais il est loin d’être exhaustif car les médiathèques sont en perpétuelle évolution pour s’adapter aux besoins des lecteurs et usagers, à de nouvelles missions, à de nouveaux supports…

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Je n’ai pas eu le temps de mener une réelle approche théorique et universitaire sur la question. Je renvoie seulement vers quelques théoriciens ; leurs ouvrages et communications sont référencés dans les articles du blog relatifs aux bibliographies.

Les compléments d’information et chiffres indiqués proviennent des sources suivantes :

N’hésitez pas à laisser un commentaire ou des exemples. Je répondrai avec plaisir, dans la mesure de mes connaissances 🙂

Enfin, rectificatif : la production éditoriale jeunesse est de 11500 nouveautés en 2016 (et non 40000, mea culpa). Et j’ai complètement oublié de parler des rencontres avec les auteurs.

Vidéo

Histoire de la bibliothèque centrale de Colombes

Le 2 août 1856, la Société de Secours Mutuels Saint Pierre de Colombes fonde une bibliothèque privée dans une maison située Place Julien Gallé (anciennement rue d’Asnières), afin de « mettre de suite à la disposition de ses adhérents les nombreux ouvrages que des généreux donateurs leur avaient fait parvenir à cet effet, et qui avaient été réunis et exposés dans des armoires-vitrines qui meublaient le siège de la Société […] anciennement salle de la Bibliothèque » [1]

En 1873, elle est mise gratuitement à la disposition de tous les habitants de la commune avant d’être cédée à la Ville de Colombes en 1877. En 1897, la bibliothèque est transférée dans un immeuble sis 3, boulevard de Verdun, laissé disponible par les Dames de la Providence (qui s’installent dans l’actuel collège Jeanne d’Arc, alors propriété de Mme Audra).

Il faut attendre 1906 pour qu’apparaisse le terme de « bibliothèque enfantine » dans la délibération du Conseil Municipal n° 4112 du 23 février 1908 relative au Compte rendu moral et financier de la bibliothèque municipale en 1906 : les enfants réalisent alors 1336 prêts sur 16101.

En 1950, la bibliothèque est transférée dans le square situé 33, rue des Cerisiers (superficie 200 m²), dans un petit bâtiment sur cour de l’immeuble d’Habitations à Bon Marché.

« […] dans le cadre souriant, clair et confortable […]. Le nombre des lecteurs s’élève à environ 10.000 pour 90.000 livres sortis en 1954. La bibliothèque est ouverte à tous, tous les jours de 9h30 à 11h30 et de 14 à 19h […] En dehors des prix littéraires, la bibliothèque comprend de nombreux romans recommandés par la critique, des ouvrages pour la jeunesse. Une cinémathèque scolaire, dotée de nombreux films pour enfants […] une salle gaiement décorée de sujets tirés de fables de La Fontaine et des contes Perrault est réservée aux enfants.

Sur 80 communes du département de la Seine, la bibliothèque de Colombes est maintenant classée deuxième pour la sortie des livres. [2] Plus

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L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, Le Bélial’, col. « Une heure lumière », 2016, ISBN 978-2-84344-909-3, 8.90 €

Deux scientifiques trouvent un procédé pour retourner dans le passé, en tant que simple observateur, à raison d’une visite unique et d’un visiteur à la fois par période. La bulle d’information devient ensuite inaccessible. Cette technique offre ainsi un outil de témoignage au service de la vérité, pour dénoncer les atrocités commises par les Japonais dans l’Unité 731 pendant la deuxième guerre mondiale… bouleversant les constructions historiques et les alliances contemporaines.

Sous forme documentaire, Ken Liu revisite de façon magistrale le voyage dans le temps. Sans complaisance, il met au grand jour les périodes sombres de l’histoire, en l’occurrence l’Unité 731, camps de la mort japonais. Quid dès lors des relations internationales reconstruites, des compromissions et des secrets d’Etat dévoilés ? Que devient l’Histoire, écrite par les vainqueurs, face à la vérité nue… ?

Ouh la la. Changement de rythme et temps qui file !

Coucou, me revoilou, après un changement de rythme nécessitant un peu d’adaptation. Et c’est comme ça que le temps passe et qu’un blog reste inactif pendant… oh la la 7 mois déjà ! Mais les lectures ont continué et voici donc quelques fiches, avec des coups de coeur pour tous les âges.  En espérant vous avoir déniché une ou deux perles !

En passant

L’affreux moche Salétouflaire et les Ouloums-Pims – Claude Ponti

Coup de coeurL’affreux moche Salétouflaire et les Ouloums-Pims de Claude Ponti, Ecole des Loisirs, 2015

L’affreux moche Salétouflaire a arraché les rayons du Soleil. Tout le monde est bloqué chez soi. Mais Paloum-Pim et Kobaloum-Pim, enfermés, ont la même idée : fabriquer des Kreuzafons, des Baladons-Baladins et des Zieutilles qui iront voir ce qui se passe dehors.

Dans une ambiance onirique bien plus légère (paradoxalement) que ses précédents albums, Claude Ponti aborde le thème de la pollution, en restant fidèle à ses jeux de mots et ses illustrations tout en rondeurs. Il nous emmeène dans une balade très immersive et drôle où l’amour et l’astuce triompheront. Voilà un album bien amusant à raconter, histoire de se démêler la langue !

Avis : ♥. A partir de 5 ans.

Nos années sauvages – Karen Joy Fowler

nos années sauvagesNos années sauvages de Karen Joy Fowler aux Presses de la Cité, 2016

Envie de changement ? Nos années sauvages est un roman fracassant ! Nous suivons les tribulations de Rosemary qui végète à la fac. Rien de bien intéressant apparemment dans ce campus novel, axé sur une jeune paumée, attirée par les actes violents et les amis hors normes… On pourrait donc en rester là. Petit à petit cependant, l’auteur sème quelques informations intrigantes : Rosemary est désaxée depuis son plus jeune âge, depuis la disparition de sa soeur aînée. Son frère a également disparu ou pas… et le campus novel semble glisser insidueusement vers le thriller. Rosemary revient peu à peu sur des scènes de son enfance, le mystère s’épaissit. Jusqu’à ce qu’elle se décide à nous parler de sa soeur, point de bascule du roman. Car dès lors adieu roman d’ado et thriller, c’est un plongeon dans lesdites années sauvages. Tout prend sens alors et le sujet se révèle d’une puissance folle, le tempo haletant. Le thème, basé sur des faits réels et rarement questionné dans les romans, est intelligemment abordé et amène à s’interroger sur notre humanité. La richesse de la construction de l’histoire et cette progression sinueuse et trompeuse vers la deuxième partie et sa thématique inattendue rendent ce roman captivant. Un énorme coup de coeur donc.

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