Les Marvels – Brian Selznick

20180418marvelsLes Marvels – Brian Selznick – Bayard – 2018 – 17,90 €

Comme Black out / Le musée des merveilles, ce roman graphique se déroule en deux temps. Brian Selznick a choisi le dessin au crayon pour retracer l’histoire des Marvels aux XVIII et XIXe siècles, puis le roman pour les années 1990. Joseph s’échappe de son pensionnat et part retrouver un oncle inconnu à Londres. La maison de ce dernier est entièrement aménagée autour de la vie des Marvels, célèbre famille de comédiens. Quel est donc la place de Jospeh dans cette saga familiale ?

Les dessins sont magnifiques et l’ambiance de la maison est gothique à souhait, et finalement ce qui importe, c’est justement l’histoire de cette singulière maison, inspirée de faits réels.

A partir de 12 ans. Avis : ♥

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Le sourire étrange de l’homme poisson – Tom Avery

20180418sourireLe sourire étrange de l’homme poisson – Tom Avery – Seuil – 2018

Avec douceur et mélancolie, l’auteur déroule une histoire touchante dans une petite ville côtière anglaise. Jamie est le frère jumeau de Ned. Tous deux parcourent la côte à la recherche de trésors enfouis et découvrent une étrange petite créature, mi-homme mi-poisson. Peu à peu, elle se lie avec Ned et ce dernier s’éloigne de son frère. Des recoupements s’opèrent avec de vieilles histoires de sirène. Jamie fait contre mauvaise fortune bon cœur : cette créature vient certainement guérir Ned de la mucoviscidose.

Furtivement, délicatement, Tom Avery propose une nouvelle vision de l’Ankhou, emplie de poésie et de nostalgie. Un seul regret, la traduction mal venue du titre qui en anglais donnait tout son sens au livre « Not as we know it » (extrait de Star Treck).

A partir de 11 ans. Avis : +

 

 

 

Maresi – Maria Turtschaninoff

Maresi, Chroniques de l’Abbaye Écarlate – Maria Turtschaninoff – Rageot – 2017

Sur une île isolée et balayée 20171010maresipar les vents, s’abrite une communauté de sœurs, véritable abbaye qui recueille les filles et femmes maltraitées par les hommes ou fuyant la fureur du monde. Ici, nul homme ne peut poser le pied. Maresi, adolescente avide de connaissances et de liberté, s’y épanouit, emplie d’espoir. Mais, un jour, débarque Yaï qui va dangereusement bouleverser cet équilibre et cette paix.

Avec une écriture fluide et pleine de charme, ce roman dégage dans un premier temps une vraie sérénité, une ambiance apaisante, retraçant le quotidien des sœurs et le développement des jeunes esprits ; à partir de petites choses du quotidien, le lecteur s’attache à l’héroïne, pour se retrouver d’autant plus brutalement confronté aux violences faites aux femmes et à l’inégalité. Monde secondaire, fantasy ? L’intemporalité des propos renforce le témoignage féministe, la tranquillité initiale le rend encore plus crû. C’est une histoire de sang, écarlate, une douloureuse histoire de femmes…

A partir de 14 ans. Avis : ♥

 

Dans les branches – Emmanuelle Maisonneuve

dans les branchesDans les branches – Emmanuelle Maisonneuve – Editions Graine² – 2015
« Introverti et mal dans sa peau, Mo, 14 ans, ne vit que pour ses aventures dans Endof World, un MMORPG sur lequel il passe le plus clair de son temps. Mais un jour, alors qu’il s’est perdu dans les bois suite à une course d’orientation, il va se trouver poursuivi par une étrange créature. Persuadé que c’est un troll tout droit sorti de ses univers fantasques, Mo va partir à la recherche de la vérité. »

Malgré un début lent et, semble-t-il, poussif, malgré un héros véritable anti-héros geek et ado dans toute sa splendeur, la magie opère : univers fantastique ou horreur bien réelle, le lecteur ressort de cette histoire secoué et s’interroge. Passé les premiers chapitres, l’intrigue est telle qu’on ne la lâche plus, avide de découvrir le dénouement ! Cette ambiance très particulière aux frontières du fantastique rappelle le roman Celle qui sentait venir l’orage d’Yves Grevet. Une réussite à retrouver en bibliothèque.

A partir de 12 ans. Sélection Katulu 2017 (Médiathèque de Chatou).

Un océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’Sondé

unoceanUn océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’Sondé – Actes Sud, 2018

Dans ce roman d’aventure et de formation, Wilfried N’Sondé retrace la vie d’un Candide africain congolais du XVIème siècle, méconnu, Nsaku Ne Vunda, rebaptisé Dom Antonio Manuel lors de son ordination. Envoyé auprès du Pape afin de faire entendre la voix de son peuple réduit en esclavage (pratique contraire aux principes chrétiens enseignés dans les colonies), le jeune prêtre se retrouve finalement embarqué sur un navire négrier et dans le commerce triangulaire, qui le conduira de l’Afrique à l’Amérique avant d’accoster, après bien des périples, en Europe. Avec une écriture d’une grande puissance et un style toujours en accord avec les épisodes évoqués, l’auteur nous interroge avec poésie et onirisme sur l’universalité du sacré et sur le sens de l’engagement religieux. Puis il nous confronte crûment à l’esclavage et aux conditions de vie des serfs et paysans de tous pays. Se déroule ainsi un récit d’une grande humanité, appelant à la tolérance et à la fraternité. Bouleversant.

 

Toute la beauté du monde n’a pas disparu – Danielle Younge-Ullman

Toute la beauté du monde n’a pas disparu de Danielle Younge-Ullman, Gallimard, « Scripto », 2018, 978-2-07-507410-0, 16,50 €

Ingrid, fille d’une cantatrice déchue, est envoyée par cette dernière en colonie pour ados en perdition. Fille choyée et protégée, elle se retrouve projetée dans une ambiance « survie à tous prix », dans une région perdue et sauvage des Etats-Unis. Ne comprenant pas ce qu’elle fait là, Ingrid rédige des lettres qu’elle n’enverra jamais, à l’adresse de sa mère et de son petit ami Isaac, tout en affrontant courageusement les multiples difficultés et dangers (à vous dégoûter du trecking, au passage !). Peu à peu ses souvenirs sont déroulés et nous découvrons les raisons de son mal-être. Avec dynamisme, l’auteur nous offre un beau roman sur la résilience, avec une histoire prenante sur une destructrice relation fusionnelle mère-fille, dont son héroïne sortira plus forte. A partir de  13 ans.

Avis :

Oiseau Oiselle – Gwendoline Raisson

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Oiseau Oiselle de Gwendoline Raisson, Ecole des Loisirs, « Mouche », 2018,  978-2-211-23434-4, 6,50 €

L’Oiseau vit heureux dans sa cage, jusqu’à l’arrivée d’Oiselle. Elle est belle et libre. L’Oiselle lui ouvre le chemin de la liberté, mais la cage est si confortable et le voyage si angoissant… L’amour l’affranchira-t-il ? Véritable réussite par son style et sa fluidité, ce joli roman est presqu’un conte philosophique, renvoyant au mythe de la caverne. Il amène le jeune (et moins jeune) lecteur à s’interroger sur la force de l’amour et sur le poids des chaînes face aux incertitudes qu’offre la liberté. Une belle histoire et des questions sur le sens à donner à sa vie = un coup de coeur ! A partir de 7 ans.

Avis : .

 

Oh, hé, ma tête ! Shinsuke Yoshitake

Oh, hé ma tête ! de Shinsuke Yoshitake. Kaléïdoscope. 2017. 978-2-87767-926-8. 11 €

Cet album destiné aux plus jeunes est un véritable coup de coeur. Au moment du bain, un petit garçon qui « veut faire tout seul » se retrouve le tête coincée dans son t-shirt. Il imagine alors le pire : et s’il passait sa vie ainsi ? L’humour de situation associé à de jolies illustrations simples mais parlantes rend son histoire très cocasse et drôle. Rire garanti !

En passant

Ma grand-mère est une terreur, Guillaume Guéraud

Ma grand-mère est une terreur, Guillaume Guéraud, Le Rouergue, 2017.

Une fois n’est pas coutume, je présente un roman adressé aux 9 ans et plus, dont l’achat m’a vraiment mise en colère. Recommandé dans Télérama Enfants, intéressant pour la JPL, avec la 4ème de couverture suivante :

On l’appelle Mémé Kalashnikov ! Car la grand-mère de Louis est une terreur, il déteste passer des vacances dans sa maison au fond des bois, sans télé ni rien. Mais cette fois-ci, il ne va vraiment pas s’ennuyer. Car sa grand-mère, moitié sorcière moitié activiste politique, s’oppose à la construction d’une route près de chez elle. Avec son chaudron magique, sa faucille et son marteau, elle ne craint personne ! Du rire, de l’aventure et un soupçon de fantastique pour les jeunes lecteurs.

J’en commence donc la lecture avec impatience (voilà peut-être un futur coup de coeur). Et là, quelle déception ! Le vocabulaire est pour le moins d’un niveau familier, voire vulgaire et même argotique ! Dès le premier chapitre et tout au long du livre, c’est un florilège de « foutre », « coller une contravention », « coller une bègne », « glaviot », d’inversions incorrectes : « Il faisait si froid […] elle me raconte quand je lui pose des questions »,  de négations incomplètes…

Certes, l’histoire de cette Mémé Kalashnikov semblait délicieusement insolente mais je ne comprends pas le recours à ce style inutile, qui gâche l’ensemble. Séverine Vidal, par exemple, a également recours à un style familier et même à des gros mots, mais pour mieux transcrire la pensée de ses personnages adolescents en reprenant leur façon de s’exprimer (et non pour la partie narrative). Cela ne nuit en rien à ses romans. Mais ici, à destination d’enfants de CM1, la vulgarité est vraiment inappropriée. La langue française est suffisamment riche pour employer des mots non grossiers dans un style dynamique et moderne, de nombreux auteurs y parviennent et offrent heureusement une écriture de qualité aux plus jeunes !

Avis : Hélas !

En passant

De l’autre côté, Stefan Casta

De l’autre côté, Stefan Casta, Thierry Magnier, 2017, 979-10-352-0012-1, 17 €

« Une maison isolée pleine de charme, ce sera le refuge idéal pour Elina et son père meurtris par la mort accidentelle de Vanessa. Mais la maison est aussi mystérieuse, on la dit maudite. Au fil des saisons, Elina apprivoisera le lieu, et nous racontera une année capitale de son existence. Mais qui est ce garçon brun qui semble si bien connaître la maison et s’y installe avec eux ? Et ce renard qui rôde autour de la maison a-t-il joué un rôle dans l’accident où Vanessa a trouvé la mort…
Avec son écriture faussement simple, Stefan Casta parle de l’absurdité de la vie avec gravité, poésie et douceur. » [Decitre]


Le maître mot de ce roman est atmosphère. Oscillant entre réalisme crû et descriptions envoûtantes de la nature empreintes de poésie, flirtant avec le surnaturel, De l’autre côté happe le lecteur. Les personnages sont pleins de failles et de contradictions, attachants et déconcertants. Récit de vie d’une jeune fille contemporaine, récit pour apprivoiser le deuil et se reconstruire, mystérieux, parfois à la limite du fantastique voire du thriller, ce roman est inclassable et se révèle étonnamment … apaisant.

A partir de 13 ans. Avis : ♥♥

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