Toute la beauté du monde n’a pas disparu – Danielle Younge-Ullman

Toute la beauté du monde n’a pas disparu de Danielle Younge-Ullman, Gallimard, « Scripto », 2018, 978-2-07-507410-0, 16,50 €

Ingrid, fille d’une cantatrice déchue, est envoyée par cette dernière en colonie pour ados en perdition. Fille choyée et protégée, elle se retrouve projetée dans une ambiance « survie à tous prix », dans une région perdue et sauvage des Etats-Unis. Ne comprenant pas ce qu’elle fait là, Ingrid rédige des lettres qu’elle n’enverra jamais, à l’adresse de sa mère et de son petit ami Isaac, tout en affrontant courageusement les multiples difficultés et dangers (à vous dégoûter du trecking, au passage !). Peu à peu ses souvenirs sont déroulés et nous découvrons les raisons de son mal-être. Avec dynamisme, l’auteur nous offre un beau roman sur la résilience, avec une histoire prenante sur une destructrice relation fusionnelle mère-fille, dont son héroïne sortira plus forte. A partir de  13 ans.

Avis :

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De l’autre côté, Stefan Casta

De l’autre côté, Stefan Casta, Thierry Magnier, 2017, 979-10-352-0012-1, 17 €

« Une maison isolée pleine de charme, ce sera le refuge idéal pour Elina et son père meurtris par la mort accidentelle de Vanessa. Mais la maison est aussi mystérieuse, on la dit maudite. Au fil des saisons, Elina apprivoisera le lieu, et nous racontera une année capitale de son existence. Mais qui est ce garçon brun qui semble si bien connaître la maison et s’y installe avec eux ? Et ce renard qui rôde autour de la maison a-t-il joué un rôle dans l’accident où Vanessa a trouvé la mort…
Avec son écriture faussement simple, Stefan Casta parle de l’absurdité de la vie avec gravité, poésie et douceur. » [Decitre]


Le maître mot de ce roman est atmosphère. Oscillant entre réalisme crû et descriptions envoûtantes de la nature empreintes de poésie, flirtant avec le surnaturel, De l’autre côté happe le lecteur. Les personnages sont pleins de failles et de contradictions, attachants et déconcertants. Récit de vie d’une jeune fille contemporaine, récit pour apprivoiser le deuil et se reconstruire, mystérieux, parfois à la limite du fantastique voire du thriller, ce roman est inclassable et se révèle étonnamment … apaisant.

A partir de 13 ans. Avis : ♥♥

Mosquitoland, David Arnold

Mosquitoland, David Arnold, Milan, 2017, 978-2-7459-7784-7, 15.90 €

Mim est une jeune adolescente qui « ne va pas bien », sans que le lecteur ne sache trop pourquoi : dépression, schizophrénie… le doute persiste tout au long de ce road movie raconté par Mim et par le biais des courriers qu’elle adresse à Isabel. Détraquée par le divorce de ses parents, par le remariage de son père avec une jeune bimbo et la fuite mystérieuse de sa mère, face à une belle-mère détestée, sous médoc, Mim prend donc la tangente pour retrouver sa mère. Ce voyage désespéré, déconcertant et initiatique, la mènera finalement à elle-même.

Le style initial décousu rend difficile l’entrée dans cette histoire et dans la tête d’une jeune apparemment perturbée : où veut donc en venir Mim ? Mais la question-même dévoile combien on se laisse prendre insidieusement par l’héroïne et ses incertitudes devant sa maladie. Le récit de ce mal-être adolescent et de cette recherche de soi au sein et au-delà d’une famille dysfonctionnelle emporte délicatement, émeut et interroge sur l’acceptation de soi, des autres et de la différence. Le tour de force de l’auteur est d’avoir lié l’évolution de son personnage avec les styles employés, de plus en plus cohérents et posés. Ce livre à la thématique originale ne laisse donc pas indifférent. A découvrir !

A partir de 15 ans. Avis : ♥

Macha ou l’évasion – Jérôme Leroy

201703machaMacha ou l’évasion de Jérôme Leroy. Syros. 2016 [978-2-7485-2190-0. 16,95 €] – A partir de 13 ans. ♥

Notre monde a basculé dans la Douceur : désormais, les humains vivent au milieu de la nature, en harmonie, respectueux des autres et de leur environnement. De jeunes cueilleurs d’histoire invitent l’une des doyennes des communautés, Macha, à transmettre le récit de sa vie d’avant, à raconter le Monde de la Fin.

Un roman de circonstance ! Oscillant entre utopie (la Douceur) et dystopie (notre monde), Jérôme Leroy dénonce, sans mièvrerie et avec réalisme, la violence ordinaire de notre société de consommation (violence faite aux femmes, aux animaux, aux autres), la montée du racisme, la scission entre une population s’appauvrissant et une élite se renfermant sur son mode de vie. Il imagine l’arrivée au pouvoir du Bloc Patriotique et les affrontements en résultant. Le contraste entre l’utopie et la France actuelle est saisissant. Le roman a donc un aspect très engagé, avec des personnages complexes. Il fait réfléchir sur l’évolution de notre société et sur l’engagement politique : quel est le prix de l’avènement d’un monde de douceur ? Quel serait le point de bascule ? Eradiquer la violence sans la violence, est-ce possible ? Enfin, le style est riche, alternant un rythme lent et apaisant décrivant le nouveau monde et un tempo haletant correspondant à la fuite de Macha. Un grand coup de cœur.

Nos années sauvages – Karen Joy Fowler

nos années sauvagesNos années sauvages de Karen Joy Fowler aux Presses de la Cité, 2016

Envie de changement ? Nos années sauvages est un roman fracassant ! Nous suivons les tribulations de Rosemary qui végète à la fac. Rien de bien intéressant apparemment dans ce campus novel, axé sur une jeune paumée, attirée par les actes violents et les amis hors normes… On pourrait donc en rester là. Petit à petit cependant, l’auteur sème quelques informations intrigantes : Rosemary est désaxée depuis son plus jeune âge, depuis la disparition de sa soeur aînée. Son frère a également disparu ou pas… et le campus novel semble glisser insidueusement vers le thriller. Rosemary revient peu à peu sur des scènes de son enfance, le mystère s’épaissit. Jusqu’à ce qu’elle se décide à nous parler de sa soeur, point de bascule du roman. Car dès lors adieu roman d’ado et thriller, c’est un plongeon dans lesdites années sauvages. Tout prend sens alors et le sujet se révèle d’une puissance folle, le tempo haletant. Le thème, basé sur des faits réels et rarement questionné dans les romans, est intelligemment abordé et amène à s’interroger sur notre humanité. La richesse de la construction de l’histoire et cette progression sinueuse et trompeuse vers la deuxième partie et sa thématique inattendue rendent ce roman captivant. Un énorme coup de coeur donc.

Le choix de Rudi

rudiLe choix de Rudi de Françoise Dargent, Hachette romans, 2015

Dans un monde totalitaire où les moindres aspects du quotidien sont régis par le Parti, Rudi, jeune adolescent surdoué mais pauvre, lutte pour s’affranchir des règles artistiques imposées et devenir le meilleur danseur étoile. Une nouvelle dystopie ? Non, une histoire vraie qui se déroule en 1950. Le monde totalitaire s’appelle URSS, la police, KGB et l’adolescent est Rudolf Noureev, le plus grand danseur du XXème siècle. Dans cet univers si pesant et dans ces grands espaces si clos, où toute liberté est proscrite, où la surveillance est totale, Noureev tente désespérément de déployer ses ailes. Et son combat nous emporte. Bravo.

Avis : ♥. A partir de 13 ans. Plus collège : le totalitarisme.

« Aujourd’hui, Staline est mort. […] Tous nos actes devaient tendre vers ce qu’il souhaitait qu’on fasse. Il décidait de tout. De la ville où nous devions vivre, de l’appartement où nous devions habiter, des voisins que nous devions avoir, des voisins avec qui on devait partager la cuisine et les toilettes, des études que nous devions suivre, du métier que nous devions faire, des livres […], de la musique […] », (p. 103).

Le collier rouge

collierLe collier rouge de Jean-Christophe Rufin, Folio n°5918, 2015 (Gallimard, 2014)

A la fin de la Première Guerre Mondiale, Marlac, héros de guerre décoré, croupit dans une caserne déserte du fin fond du Berry, dans l’attente de son jugement. Son chien Guillaume le veille avec dévouement. Le juge militaire Lantier, aristo désabusé, arrive pour faire la lumière sur l’affaire… Bijou de suspense, le Collier Rouge est un court roman, d’une apparente simplicité, qui soulève des questions essentielles sur la guerre et les classes sociales, l’humanité et la bestialité. Les personnages se dévoilent peu à peu et sont complexes à souhait. Le fil de l’histoire tient en haleine jusqu’à la chute, déroutante. En réseau avec la Trêve de Noël ou encore Cheval de guerre, un texte intéressant pour aborder la Grande Guerre avec les collégiens. Un gros coup de cœur.

 

Celle qui sentait venir l’orage

celle qui sentaitCelle qui sentait venir l’orage d’Yves Grevet. Syros. 2015

Ce roman est venu habiter une nuit d’insomnie, avec bonheur. Thriller fantastico-historique très rythmé et angoissant, celle qui sentait venir l’orage est Frida, la fille d’un couple de criminels bestiaux, pendus haut et court. Frida ne reconnaît guère ses parents dans cette description. Mais on est en 1897, au nord-est de l’Italie, à ladite « Belle-Epoque », au coeur des théories scientifiques les plus loufoques et avérées de cette période. Que peut faire une jeune fille pauvre face à la vindicte populaire ? Frida fuit donc la folie des villageois et cherche refuge chez le docteur Grüber à Bologne. Et finalement, n’y-a-t-il pas un fond de vérité ? Frida est brune, poilue, différente, étrange. Fille de la bête ou cobaye, qu’est réellement Frida ? Glaçant et se lisant d’une traite, ce roman glisse du fantastique à l’enquête policière l’air de rien et tient le lecteur en haleine du début à la fin. Bravo. A partir de 13 ans.

Quelqu’un qu’on aime

quelqunQuelqu’un qu’on aime de Séverine Vidal. « Exprim' ». Sarbacane. 2015

Un road movie malaussénien des plus réjouissants ! Certes, le style est parfois familier, mais comment pourrait-il en être autrement pour des pensées bien souvent adolescentes ? Les personnages sont merveilleusement politiquement incorrects. Matt, jeune père presque malgré lui, emmène son grand-père, Papy Gary, sur les traces de Pat Boone, l’idole passée, en un ultime voyage à travers les Etats-Unis. Au moment du départ, il découvre l’existence de sa fille, bébé. Le couple devient donc trio. Puis, tempête de neige oblige, le trio se transforme en troupe et les voilà affublés en sus, d’un ado en fugue et d’une cadre trentenaire légèrement paumée. Les liens se forgent : amitié, famille, maladie, amour, toutes les questions essentielles sont abordées dans ce petit bijou d’émotions. On rit, on pleure, on se sent bien. Bravo de la JPL. Avis : ♥. Plus de 13 ans.

Oh, boy !

oh boyOh, boy ! de Marie-Aude Murail, Ecole des Loisirs « Médium » rééd. 2015 (1997)

Il y a du Pennac et du Malaussène dans la famille Morlevent. Tous abandonnés, le grand frère surdoué veut s’occuper de ses deux petites soeurs, et les adultes, les « presque » frère et soeur, veulent en récupérer la tutelle. La solidarité se construit gaiement et de manière déjantée, dans l’adversité, face à la maladie. On retrouve ainsi une sacrée fratrie de cabossés de la vie ! Pas d’individus lisses, juste des êtres pleins de défauts mais si attachants ! On rit, on pleure, les dialogues sont mordants et truculents. A lire d’une traite (de toute manière vous ne pourrez plus le lâcher !).

Multiples prix en 2000 et 2001. Adaptation télévisée en 2008 par Thierry Benisti (On choisit pas ses parents). Et surtout adaptation au théâtre par Catherine Verlaguet (l’excellente auteur de L’Oeuf et la poule) en 2010 récompensée par le Prix Molière du jeune public.

Avis : ♥♥

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