Un océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’Sondé

unoceanUn océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’Sondé – Actes Sud, 2018

Dans ce roman d’aventure et de formation, Wilfried N’Sondé retrace la vie d’un Candide africain congolais du XVIème siècle, méconnu, Nsaku Ne Vunda, rebaptisé Dom Antonio Manuel lors de son ordination. Envoyé auprès du Pape afin de faire entendre la voix de son peuple réduit en esclavage (pratique contraire aux principes chrétiens enseignés dans les colonies), le jeune prêtre se retrouve finalement embarqué sur un navire négrier et dans le commerce triangulaire, qui le conduira de l’Afrique à l’Amérique avant d’accoster, après bien des périples, en Europe. Avec une écriture d’une grande puissance et un style toujours en accord avec les épisodes évoqués, l’auteur nous interroge avec poésie et onirisme sur l’universalité du sacré et sur le sens de l’engagement religieux. Puis il nous confronte crûment à l’esclavage et aux conditions de vie des serfs et paysans de tous pays. Se déroule ainsi un récit d’une grande humanité, appelant à la tolérance et à la fraternité. Bouleversant.

 

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Ces jours qui disparaissent – Timothé Le Boucher

Ces jours qui disparaissent, Timothé Le Boucher, Glénat, « 1000 feuilles », 2017, 978-2-344-01332-8, 22.50 €

Lubin Maréchal, jeune artiste évaporé, perd peu à peu du terrain face à sa deuxième personnalité, efficace et arriviste. Les heures puis les jours de sommeil s’enchaînent et sont autant d’occasions pour ce moi indésirable de transformer irrémédiablement sa vie. Quand reprendra-t-il le dessus ?

Cette BD qui aborde une thématique rarissime est poignante et angoissante à souhait. Véritable thriller, elle vous happe et vous ne la lâchez plus. Juste génial !

En passant

Les enfants de Poséïdon – Alastair Reynolds

201702poséidon1Les enfants de Poséïdon. T.1. La terre bleue de nos souvenirs, Alastair Reynolds. Bragelonne, « Milady ». 2015. [poche en 2016. 978-2-8112-1775-4. 9,90 €]

Pour André-François Ruaud & Raphaël Colson dans Science-Fiction, les frontières de la modernité (Essais Mnémos. 2014. p. 20). « La science-fiction apparaît même comme la composante la plus structurée et la plus représentative du champ de réflexion déployé par l’imaginaire moderne pour débattre de l’homme et de la civilisation. Ainsi, en ce début de XXIe siècle, les thématiques de la culture science-fictive rendent compte, plus que jamais, des transformations techno-sociétales qui sculptent le futur de nos sociétés […] son rôle consiste à préparer, voire à conditionner, l’imaginaire collectif au monde de demain. »

Les enfants de Poséïdon du britannique Alastair Reynolds est un roman qui correspond parfaitement à cette définition. Enfin, un vrai roman de science-fiction, pure et dure, sans évolution zombiesque ou petits hommes verts. Juste de la SF dense et foisonnante de technologies crédibles, qui aborde de nombreux sujets touchant à la philosophie et à la sociologie : dérives de l’intelligence artificielle, intelligence animale, les limites de la liberté illimitée, société libertaire ou liberticide, transhumanisme, écologie, implications sur l’homme du voyage spatial (lire « Vivre dans l’espace pas si simple… » dans le dernier Science&vie. Mai 2017). Avec comme point de départ de cette néo-révolution l’Afrique ! Un roman génial donc pour son caractère fouillé et synthétique sur les études actuelles en sciences dures et sciences humaines. L’avenir nous dira s’il s’agissait d’anticipation !

L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, Le Bélial’, col. « Une heure lumière », 2016, ISBN 978-2-84344-909-3, 8.90 €

Deux scientifiques trouvent un procédé pour retourner dans le passé, en tant que simple observateur, à raison d’une visite unique et d’un visiteur à la fois par période. La bulle d’information devient ensuite inaccessible. Cette technique offre ainsi un outil de témoignage au service de la vérité, pour dénoncer les atrocités commises par les Japonais dans l’Unité 731 pendant la deuxième guerre mondiale… bouleversant les constructions historiques et les alliances contemporaines.

Sous forme documentaire, Ken Liu revisite de façon magistrale le voyage dans le temps. Sans complaisance, il met au grand jour les périodes sombres de l’histoire, en l’occurrence l’Unité 731, camps de la mort japonais. Quid dès lors des relations internationales reconstruites, des compromissions et des secrets d’Etat dévoilés ? Que devient l’Histoire, écrite par les vainqueurs, face à la vérité nue… ?

Nos années sauvages – Karen Joy Fowler

nos années sauvagesNos années sauvages de Karen Joy Fowler aux Presses de la Cité, 2016

Envie de changement ? Nos années sauvages est un roman fracassant ! Nous suivons les tribulations de Rosemary qui végète à la fac. Rien de bien intéressant apparemment dans ce campus novel, axé sur une jeune paumée, attirée par les actes violents et les amis hors normes… On pourrait donc en rester là. Petit à petit cependant, l’auteur sème quelques informations intrigantes : Rosemary est désaxée depuis son plus jeune âge, depuis la disparition de sa soeur aînée. Son frère a également disparu ou pas… et le campus novel semble glisser insidueusement vers le thriller. Rosemary revient peu à peu sur des scènes de son enfance, le mystère s’épaissit. Jusqu’à ce qu’elle se décide à nous parler de sa soeur, point de bascule du roman. Car dès lors adieu roman d’ado et thriller, c’est un plongeon dans lesdites années sauvages. Tout prend sens alors et le sujet se révèle d’une puissance folle, le tempo haletant. Le thème, basé sur des faits réels et rarement questionné dans les romans, est intelligemment abordé et amène à s’interroger sur notre humanité. La richesse de la construction de l’histoire et cette progression sinueuse et trompeuse vers la deuxième partie et sa thématique inattendue rendent ce roman captivant. Un énorme coup de coeur donc.

Bella Figura

201603bellaBella Figura de Yasmina Reza, Flammarion. 2015

Une rencontre vaudevilesque dans un restaurant mondain : un mari ruiné, Boris, et sa maîtresse, Andrea, retrouvent accidentellement un couple ami des mariés affublé d’une belle-mère hypocondriaque. L’anniversaire de cette dernière tourne au vinaigre… Rien de nouveau sous le soleil, ça ne vaut pas du Labiche, le propos est poussif et l’humour plutôt pesant. Grand succès à Berlin cependant.

Avis : bof

Le collier rouge

collierLe collier rouge de Jean-Christophe Rufin, Folio n°5918, 2015 (Gallimard, 2014)

A la fin de la Première Guerre Mondiale, Marlac, héros de guerre décoré, croupit dans une caserne déserte du fin fond du Berry, dans l’attente de son jugement. Son chien Guillaume le veille avec dévouement. Le juge militaire Lantier, aristo désabusé, arrive pour faire la lumière sur l’affaire… Bijou de suspense, le Collier Rouge est un court roman, d’une apparente simplicité, qui soulève des questions essentielles sur la guerre et les classes sociales, l’humanité et la bestialité. Les personnages se dévoilent peu à peu et sont complexes à souhait. Le fil de l’histoire tient en haleine jusqu’à la chute, déroutante. En réseau avec la Trêve de Noël ou encore Cheval de guerre, un texte intéressant pour aborder la Grande Guerre avec les collégiens. Un gros coup de cœur.

 

La nuit de feu

nuit de feuLa nuit de feu d’Eric-Emmanuel Schmitt. Albin Michel. 2015

Avec son style simple et clair, Eric-Emmanuelle Schmitt revient sur l’expérience mystique qui l’a transformé en « agnostique croyant », à 28 ans. Oh combien l’interrogation et le témoignage de cet ancien agrégé de philosophie, sur la foi, sont réconfortants et incitent à la tolérance ! En épilogue, il détaille la distinction entre savoir et foi, incomparables, en s’appuyant notamment sur les pensées de Pascal. Finalement, pour lui, tout être humain est agnostique (c’est-à-dire ne sait pas, ne peut pas « savoir » ou démontrer scientifiquement l’existence de Dieu), et croire n’est qu’un choix, relevant d’une expérience intime intransmissible. Un raisonnement très intéressant et profondément humaniste, d’actualité.

Mary

maryMary d’Emily Barnett. Payot et Rivages. 2015

Mary est un roman fort sur la folie et les liens familiaux. Dans une ambiance glauque et prenante, se succèdent les histoires de ou des Mary. Mère, fille ou big mummy, qui est qui, qui raconte ? Du Mc Cartisme à nos jours, des années 1950 au XXIème siècle, les époques, pensées et lieux se téléscopent et se mélangent, ce qui égare parfois le lecteur tout en le maintenant en permanence dans un maëlstrom émotionnel angoissant. Atypique et compliqué mais intéressant.

Peste et choléra

peste&choleraPeste & Choléra de Patrick Deville, « Points roman » Seuil. 2012

Biographie d’Alexandre Yersin, le découvreur du bacille de la peste, membre de l’équipe Pasteur, véritable aventurier et explorateur, plus que laborantin. Il traverse l’époque des colonies de la 2ème République à la 2nde guerre mondiale. Il croise et correspond avec les plus grands scientifiques et inventeurs du XIXème et du début du XXème siècle. Un homme à la vie passionnante donc. Malheureusement, le style d’écriture saccadé et élyptique avec des disgressions temporelles et personnelles casse la narration, de ce qui aurait pu être un véritable et véridique roman d’aventure. Néanmoins Prix Femina 2012.

 

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