Perdus de vue, Yaël Hassan&Rachel Hausfater

Perdus de vue, Yaël Hassan & Rachel Hausfater, Flammarion Jeunesse, 2016, 978-2-08-135658-0 , 5,70 €

Un jeune des cités, Sofiane, se retrouve malgré lui « garçon de compagnie » d’une vieille dame aveugle. En dépit des différences sociales, ils vont sympathiser et se soutenir pour affronter leurs erreurs et apprendre à pardonner. Cette sympathique histoire n’est pas sans rappeler le film Intouchables. Malgré les stéréotypes, le ton est fluide, le langage fleuri et on se surprend à rire aux mésaventures des personnages, somme toute bien attachants. Une petite lecture détente donc… en passant. A partir de 11 ans.

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En passant

Le collier rouge

collierLe collier rouge de Jean-Christophe Rufin, Folio n°5918, 2015 (Gallimard, 2014)

A la fin de la Première Guerre Mondiale, Marlac, héros de guerre décoré, croupit dans une caserne déserte du fin fond du Berry, dans l’attente de son jugement. Son chien Guillaume le veille avec dévouement. Le juge militaire Lantier, aristo désabusé, arrive pour faire la lumière sur l’affaire… Bijou de suspense, le Collier Rouge est un court roman, d’une apparente simplicité, qui soulève des questions essentielles sur la guerre et les classes sociales, l’humanité et la bestialité. Les personnages se dévoilent peu à peu et sont complexes à souhait. Le fil de l’histoire tient en haleine jusqu’à la chute, déroutante. En réseau avec la Trêve de Noël ou encore Cheval de guerre, un texte intéressant pour aborder la Grande Guerre avec les collégiens. Un gros coup de cœur.

 

Quelqu’un qu’on aime

quelqunQuelqu’un qu’on aime de Séverine Vidal. « Exprim' ». Sarbacane. 2015

Un road movie malaussénien des plus réjouissants ! Certes, le style est parfois familier, mais comment pourrait-il en être autrement pour des pensées bien souvent adolescentes ? Les personnages sont merveilleusement politiquement incorrects. Matt, jeune père presque malgré lui, emmène son grand-père, Papy Gary, sur les traces de Pat Boone, l’idole passée, en un ultime voyage à travers les Etats-Unis. Au moment du départ, il découvre l’existence de sa fille, bébé. Le couple devient donc trio. Puis, tempête de neige oblige, le trio se transforme en troupe et les voilà affublés en sus, d’un ado en fugue et d’une cadre trentenaire légèrement paumée. Les liens se forgent : amitié, famille, maladie, amour, toutes les questions essentielles sont abordées dans ce petit bijou d’émotions. On rit, on pleure, on se sent bien. Bravo de la JPL. Avis : ♥. Plus de 13 ans.

Drôle de fille

9782211221634FSDrôle de fille d’Iris de Moüy. Mouche. École des Loisirs. 2015

Lune est vraiment une drôle de fille : elle n’est pas forte en dictée, elle vit seule avec sa maman et ses deux soeurs qui fument « comme des pompiers », et elle a une fâcheuse tendance à se ridiculiser lorsque passe le bel Alexandre (un grand de CM2). Peu de moyens à la maison mais beaucoup de débrouillardise ! Jusqu’au jour où sa meilleure amie, Victoire, organise une fête d’anniversaire déguisée..

Lune est une  petite fille, attachante et débrouillarde. Elle avance avec maturité et affronte intelligemment le regard des autres. Une histoire intéressante et optimiste qui amène à réfléchir sur l’amitié, les copines et la confiance en soi.

Avis : A partir de 8 ans. ♥

Mentine

9782081365896FSMentine. Cette fois c’est l’internat de Jo Witek. Flammarion. 2015

Après de catastrophiques mais finalement merveilleuses vacances (car Privée de réseau – Mentine Tome 1), Mentine reprend avec enthousiasme le chemin du collège, sure de ses amitiés, rêvassant à son amour impossible pour Éric. Mais en trois semaines, tout bascule ! Trahie, Mentine se brouille si violemment avec Lola, qu’elle devient l’ennemie publique numéro 1 du collège. Incompréhension, déception et révolte la conduisent à l’exclusion. Une seule solution : un internat suisse d’exception qui accueille les enfants dits « surdoués » en difficulté. Parviendra-t-elle à faire face à cet angoissant challenge ?

Sur un ton enlevé, Mentine aborde avec humour les affres de la puberté, que viennent envenimer les angoisses inhérentes au statut d’enfant intellectuellement précoce (EIP). Le lecteur est happé par le quotidien difficile de cette jeune ado au caractère bien trempé. Nous partageons sa déception et sa colère face aux trahisons de ses « amies », sa peur devant cet établissement spécialisé qui va l’isoler du monde. Se lisant d’une traite, au-delà de la question des EIP, cette histoire retrace surtout un parcours vers l’acceptation de soi, propre à l’adolescence.

Avis. A partir de 13 ans. ♥

Impromptu parallèle

Ce mois-ci, deux romans coups de cœur au même style fluide et à l’intrigue haletante m’ont amenée à m’interroger sur la place à donner à ces histoires de jeunes publiées en littérature générale (éternelle question de la littérature passerelle) : à recommander à nos ados ou non ?

le jour oùLe jour où la guerre s’arrêta, de Pierre Bordage, Au diable vauvert, 2014.

Un jeune garçon, amnésique et plein d’empathie, surgit et parcourt le monde, de souffrances en violences. Face à ce constat, il propose alors une trêve à l’humanité et la neutralisation de toutes les armes, provocant une vague internationale d’incompréhension. Le jour où la guerre s’arrêta est un petit conte philosophique qui rappelle l‘Évangile du Serpent, version moderne de la vie du Christ. En résumé, l’Homme serait tellement empêtré dans ses conflits, qu’il serait incapable d’apprécier la paix ? Business, business oblige…

Le poison d’amour, d’Eric-Emmanuel Schmitt, chez Albin Michel, 2014.poison

Entre amitié à la vie à la mort, jalousies feutrées et manipulation, quatre adolescentes de 16 ans relatent dans leurs journaux intimes leurs questionnements et leurs rêves, en réponse aux modèles parentaux déliquescents. Mais voilà que l’amour s’en mêle et que l’amitié s’emmêle, dramatiquement.

 Tous les deux se lisent d’une traite et touchent finalement aux questionnements de l’adolescence mais avec une conclusion dramatique et, dans les deux cas, sacrificielle et désespérée, à mon sens. Où est l’espoir, 6 bips ! Enfin, étrange coïncidence que ces lectures croisées.

Helen Keller en BD

keller Annie Sullivan et Helen Keller, de Joseph Lambert aux Éditions çà et là et Cambourakis, 2013 : 90 p.    10 ans et plus.

Cet album retrace en images la rencontre et les liens qui se créent entre Helen Keller et Annie Sullivan, à la fin du XIXe siècle en Alabama. Devenue aveugle et sourde à 19 mois suite à une maladie, Helen est coupée de son environnement et incapable de communiquer. Annie Sullivan, elle-même malvoyante, va parvenir peu à peu à pénétrer dans son monde, au prix d’un combat incessant. Elle lui enseignera la langue des signes et l’écriture.

Joseph Lambert a rendu de manière très ingénieuse l’isolement d’Helen Keller et sa progression dans la compréhension et l’interprétation de son environnement. En filigrane, se dessinent également la condition de la femme active et des enfants orphelins handicapés, ainsi que les suites de la guerre de Sécession aux USA dans les années 1890. En résulte une BD attachante et émouvante, assez complexe : le présent d’Helen et le passé d’Annie s’enchevêtrent avec des come-back qui coupent la narration. Les explications données en dernières pages sont donc appréciables mais la fin de l’album arrive beaucoup trop vite !

Avis : coup de cœur

La Voleuse de livres : film versus livre

voleuse dvdLa Voleuse de livres. Film de Brian Percival. 2h11min. Sophie Nélisse. Fév. 2014. Sortie en DVD juin 2014.

« L’histoire de Liesel, une jeune fille envoyée dans sa famille d’adoption allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle apprend à lire avec le soutien de sa nouvelle famille, et de Max, un réfugié Juif qu’ils cachent sous leurs escaliers. Pour Liesel et Max, le pouvoir des mots ainsi que leur propre imagination vont devenir leur seule échappatoire face à la guerre. »[1]

En résumé, de jolis décors et de gentils interprètes… bref, le souffle et l’originalité du roman de Markus Zusak sont réduits (soyons gentils aussi, ne disons pas en miettes) à une gentille histoire, un peu triste et scolaire, détaillant la vie difficile d’une petite allemande, de parents communistes, recueillie dans une nouvelle famille pendant la Deuxième Guerre Mondiale.

Les nombreuses coupes dans le roman ont certainement conduit à cet affadissement bien-pensant. Ici, Liesel ne rejoint plus avec Trudy une troupe de chapardeurs « crève-la-dalle », les liens de voisinage disparaissent, ses relations avec la femme du maire ou avec Max sont simplifiées, les cauchemars traumatisants sur la mort de son petit frère sont occultés. Tout ce qui faisait la consistance des personnages, entre ombre et lumière, entre bien et mal, est amoindri, pour tendre vers un public rajeuni. Une déception donc.

voleuseA contrario, le roman, destiné aux adultes et ado, est remarquable par sa construction originale, son thème (le point de vue de la Mort et les difficultés des Allemands face au nazisme, la condition des jeunes allemands pendant la Deuxième Guerre Mondiale, l’amitié au-delà de tout, la révolte, l’acceptation) et sa densité.

La Voleuse de livres, Markus Zusak en Pocket. 2008.

Avis livre : ♥

[1] http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=204237.html [consulté le 15/05/2014]

Aharon Appelfeld – Adam et Thomas

adam Adam et Thomas d’Aharon Appelfeld à L’École des Loisirs. 2014. 150 p

Une jolie découverte chez EDL : un Médium illustré par Philippe Dumas ! Et en couleurs ! Comme quoi, il ne faut pas désespérer.

Adam et Thomas est un roman oscillant entre aventure robinsonne et vision onirique de la forêt. Le texte est fluide, l’écriture concise, et l’histoire émouvante parle d’amitié et de courage :  deux petits garçons juifs sont « abandonnés » par leurs mères dans la forêt, protectrice, nid, pour échapper au massacre des leurs par les nazis. Ils y survivent pendant des mois, avec débrouillardise et aides providentielles. Aharon Appelfeld revient ici sur sa propre histoire, dans une version consolatrice, lui conférant la dimension d’un conte philosophique et abordant finement des questions fondamentales : la vie, la mort, la foi, l’amitié malgré les différences (grâce aux?).

Les niveaux de lecture sont multiples, marque d’un bon livre. Il emportera les bons lecteurs dès le CM2 mais aussi les adultes par son optimisme, alors que l’on y perçoit les heures sombres de l’histoire. Un seul regret : les illustrations, même magnifiques à l’aquarelle, ne sont que des illustrations. Prochaine étape… le roman graphique ?

Entretien très intéressant avec l’auteur à l’adresse suivante : http://www.ecoledesloisirs.fr/php-edl/catalogues/PlaquetteRepreAdamEtThomasBD.pdf

Avis : coup de cœur

Magique et onirique sur…

http://espaceslj.wordpress.com/la-chose-perdue/

Merci Les Mots de la Lune pour cette jolie vidéo de Shaun Tan.

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