Un océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’Sondé

unoceanUn océan, deux mers, trois continents – Wilfried N’Sondé – Actes Sud, 2018

Dans ce roman d’aventure et de formation, Wilfried N’Sondé retrace la vie d’un Candide africain congolais du XVIème siècle, méconnu, Nsaku Ne Vunda, rebaptisé Dom Antonio Manuel lors de son ordination. Envoyé auprès du Pape afin de faire entendre la voix de son peuple réduit en esclavage (pratique contraire aux principes chrétiens enseignés dans les colonies), le jeune prêtre se retrouve finalement embarqué sur un navire négrier et dans le commerce triangulaire, qui le conduira de l’Afrique à l’Amérique avant d’accoster, après bien des périples, en Europe. Avec une écriture d’une grande puissance et un style toujours en accord avec les épisodes évoqués, l’auteur nous interroge avec poésie et onirisme sur l’universalité du sacré et sur le sens de l’engagement religieux. Puis il nous confronte crûment à l’esclavage et aux conditions de vie des serfs et paysans de tous pays. Se déroule ainsi un récit d’une grande humanité, appelant à la tolérance et à la fraternité. Bouleversant.

 

Publicités

Bella Figura

201603bellaBella Figura de Yasmina Reza, Flammarion. 2015

Une rencontre vaudevilesque dans un restaurant mondain : un mari ruiné, Boris, et sa maîtresse, Andrea, retrouvent accidentellement un couple ami des mariés affublé d’une belle-mère hypocondriaque. L’anniversaire de cette dernière tourne au vinaigre… Rien de nouveau sous le soleil, ça ne vaut pas du Labiche, le propos est poussif et l’humour plutôt pesant. Grand succès à Berlin cependant.

Avis : bof

La nuit de feu

nuit de feuLa nuit de feu d’Eric-Emmanuel Schmitt. Albin Michel. 2015

Avec son style simple et clair, Eric-Emmanuelle Schmitt revient sur l’expérience mystique qui l’a transformé en « agnostique croyant », à 28 ans. Oh combien l’interrogation et le témoignage de cet ancien agrégé de philosophie, sur la foi, sont réconfortants et incitent à la tolérance ! En épilogue, il détaille la distinction entre savoir et foi, incomparables, en s’appuyant notamment sur les pensées de Pascal. Finalement, pour lui, tout être humain est agnostique (c’est-à-dire ne sait pas, ne peut pas « savoir » ou démontrer scientifiquement l’existence de Dieu), et croire n’est qu’un choix, relevant d’une expérience intime intransmissible. Un raisonnement très intéressant et profondément humaniste, d’actualité.

Mary

maryMary d’Emily Barnett. Payot et Rivages. 2015

Mary est un roman fort sur la folie et les liens familiaux. Dans une ambiance glauque et prenante, se succèdent les histoires de ou des Mary. Mère, fille ou big mummy, qui est qui, qui raconte ? Du Mc Cartisme à nos jours, des années 1950 au XXIème siècle, les époques, pensées et lieux se téléscopent et se mélangent, ce qui égare parfois le lecteur tout en le maintenant en permanence dans un maëlstrom émotionnel angoissant. Atypique et compliqué mais intéressant.

Peste et choléra

peste&choleraPeste & Choléra de Patrick Deville, « Points roman » Seuil. 2012

Biographie d’Alexandre Yersin, le découvreur du bacille de la peste, membre de l’équipe Pasteur, véritable aventurier et explorateur, plus que laborantin. Il traverse l’époque des colonies de la 2ème République à la 2nde guerre mondiale. Il croise et correspond avec les plus grands scientifiques et inventeurs du XIXème et du début du XXème siècle. Un homme à la vie passionnante donc. Malheureusement, le style d’écriture saccadé et élyptique avec des disgressions temporelles et personnelles casse la narration, de ce qui aurait pu être un véritable et véridique roman d’aventure. Néanmoins Prix Femina 2012.

 

La vie des elfes

vieelfes La vie des elfes, par Muriel Barbery, chez Gallimard. 2015.

L’auteur de L’élégance du hérisson, (attendue au tournant! cf Nelly Kaprièlian sur Les Inrocks) s’essaie à la fantasy , dans un style complètement atypique et déconcertant. A une époque ressemblant à l’entre deux-guerres, l’histoire commence comme un roman de terroir, à l’écrit tarabiscoté et lourd, lourd comme le labeur des paysans, difficile, comme la vie de nos arrières-grands-mères, confus parfois comme peuvent l’être les contes. Orphelines recueillies, l’une dans un village italien, l’autre dans une ferme bourguignonne, Clara et Maria crapahutent plus ou moins librement dans les bois et vergers. Portées par la nature, décrite de façon dithyrambique, choyées et entourées d’un amour taiseux, elles grandissent en âge et apparemment en pouvoirs éthérés mystérieux, sans savoir que leurs destins s’entremêlent et qu’ils sont liés à la survie des elfes. Et, peu à peu, discrètement, le récit se pare de fantastique pour dévier vers la question, intrigante, de la vie des elfes.

Mais les amoureux de Tolkien seront déçus : l’épopée n’est pas l’élément central. Ce qui importe, ce sont les âmes, les liens sociaux, l’humanité et l’amour. Muriel Barbery comble donc les lecteurs lassés des stéréotypes de la fantasy, en donnant enfin une profondeur et du relief aux héros du genre et, si l’on se perd au début dans une narration ardue d’apparence paysanne et folklorique, c’est pour mieux être happé par l’intrigue et la découverte des personnages. A découvrir donc.

Il est de retour de Timur Vermes

il est

Il est de retour de Timur Vermes chez Belfond, 2014.

« Soixante-dix ans après sa disparition, Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin… » et de rien, parvient de nouveau à accéder au pouvoir.

Alors, après 3 tentatives, c’est définitivement l’échec. Le recours au « je », le ton qui se veut satirique et décalé, présentant les pensées froides et détachées d’Hitler et son regard sur le monde moderne, sont beaucoup trop inconfortables. Drôle de choix d’ailleurs que ce « je » qui heurte l’habituelle identification, la rendant impossible.

Dans l’interview donné au Point à la sortie du livre*, Timur Vermes déclare que « Pour que la satire fonctionne, il fallait que je m’inspire de sa façon d’écrire et de discourir. En lisant Mein Kampf, j’ai découvert qu’il avait un style à part. Le style de quelqu’un de non intellectuel qui essaie de paraître intellectuel. Ce qui donne des phrases très longues, avec plein de synonymes, pour montrer qu’il a du vocabulaire. C’est très risible. »la vague

Il souhaite ici dénoncer la croyance en une immunité contre l’accession au pouvoir d’un nouvel Hitler. Pour ma part, le message a échoué et je suis restée insensible à l’aspect satirique.  Peut-on rire de tout ? Certains auteurs s’y sont essayés avec plus de succès, comme Desproges, mais… La satire était-elle une bonne solution ? Des œuvres comme La Vague de Todd Strasser sont bien plus efficaces à mon sens.

Avis : dérangeant

* en ligne sur http://www.lepoint.fr/livres/timur-vermes-nous-ne-sommes-pas-immunises-contre-un-nouveau-hitler-23-05-2014-1827217_37.php [consulté le 02/10/2014]

A lire, à voir : La trahison d’Einstein

30trahisonLa trahison d’Einstein d’Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, 2014

Jolie pièce de théâtre, dans le style si fluide d’Eric-Emmanuel Schmitt ; les deux personnages principaux, Einstein et le vagabond sont très convaincants, les répliques fusent et font mouche, alliant humour et réflexion sur l’engagement politique et scientifique, sur le pragmatisme nécessaire pour lutter pour ses idéaux, contre le fascisme. Face au nazisme et à la course à la bombe A, Einstein doit-il laisser son pacifisme sur « l’étagère à principes » ?

Création en cours au Théâtre Rive Gauche avec Francis Huster et Jean-Claude Dreyfus, excellents par leur interprétation juste et sobre, dans un décor filmé dynamique.

Bande annonce

Coup de coeur : témoignages

certainesCertaines n’avaient jamais vu la mer de Julie OTSUKA, Paris, Phebus, 2012, 143 p

Ce roman (?) est une ode témoignant de la vie de Japonaises, exilées au début du XXème siècle aux Etats-Unis pour se marier à des inconnus aux courriers et photos enjôleurs. Tous leurs espoirs sont déçus et l’existence de rêve se révèle pour la plupart labeur et esclavage. Malgré les différences culturelles choquantes, elles s’adaptent mais cette vie péniblement construite est anéantie lorsque survient la Deuxième Guerre Mondiale. Suspectées d’aider l’ennemi, elles sont déportées avec leurs familles et tombent dans l’oubli.

Peu de témoignages subsistent de cette épopée. Julie Otsuka parvient à reconstruire le cheminement de ce groupe de femmes courageuses, en recourant à une énumération englobante et rythmée rappelant un chœur antique. Le livre, comme un souffle évanescent, se lit d’une traite.

%d blogueurs aiment cette page :