Le collier rouge

collierLe collier rouge de Jean-Christophe Rufin, Folio n°5918, 2015 (Gallimard, 2014)

A la fin de la Première Guerre Mondiale, Marlac, héros de guerre décoré, croupit dans une caserne déserte du fin fond du Berry, dans l’attente de son jugement. Son chien Guillaume le veille avec dévouement. Le juge militaire Lantier, aristo désabusé, arrive pour faire la lumière sur l’affaire… Bijou de suspense, le Collier Rouge est un court roman, d’une apparente simplicité, qui soulève des questions essentielles sur la guerre et les classes sociales, l’humanité et la bestialité. Les personnages se dévoilent peu à peu et sont complexes à souhait. Le fil de l’histoire tient en haleine jusqu’à la chute, déroutante. En réseau avec la Trêve de Noël ou encore Cheval de guerre, un texte intéressant pour aborder la Grande Guerre avec les collégiens. Un gros coup de cœur.

 

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Une arme dans la tête, Claire Mazard

04arme Une arme dans la tête, Claire Mazard, Flammarion, 2014

Deux mondes se télescopent secrètement dans la tête d’Apollinaire. Le présent est là, en France, en foyer d’accueil pour  jeunes réfugiés, avec les éducateurs conciliants, les bons petits plats de Sylvaine, Naïs, le prof de français M. Orsérot et Marie, l’assistante sociale. Mais, sont aussi présents, envahissants, obsédants, la culpabilité et les souvenirs de là-bas, de Wamba, le frère de cœur, du Caporal, le chef de troupe…

         « Je saisis mon manuel.
Je voudrais étudier.
Je voudrais arriver à étudier.
[…] Bien sûr, cet état second en permanence… »

Comment pourraient-ils comprendre ? Jusqu’au jour où M. Orsérot lui offre Alcools d’Apollinaire. Premier pas sur le chemin du pardon et de la reconstruction ?

Avec une grande justesse de ton, Claire Mazard aborde délicatement la question des enfants soldats, au travers des pensées d’Apollinaire. Nous nous laissons emporter par le maelstrom d’émotions et de souvenirs  douloureux, qui se dévoilent au fil des pages. Et, en effet, comme le quotidien ici semble dérisoire, face à de tels souvenirs. Mais, doucement, s’inspirant d’Alcools, Apollinaire réoriente sa vie et cette métamorphose nous tient en haleine.

Avis : Coup de cœur. A partir de 14 ans.

Little man

01guilloppelittlemanLittle man, d’Antoine Guilloppé, Gautier Languereau, 2014

 Depuis 2010, Antoine Guilloppé a adopté la technique de la découpe au laser et nous offre des albums somptueux, tout en ombre et lumière. La blancheur des silhouettes des personnages d’ici contraste avec le noir des silhouettes des soldats là-bas, soulignées par les ciels rougeoyants. Et au milieu des ombres, seuls se détachent les yeux, saisissants puis les lumières des buildings. L’angoisse reste cependant sous-jacente. Car « Cassius a fait un rêve. Il a rêvé qu’il avait le droit de traverser le pont… »

Antoine Guilloppé nous offre donc un album de toute beauté avec l’histoire d’un enfant africain rescapé de la guerre, sur lequel veillent désormais une ville et une Statue de la Liberté finalement bien rassurantes. Coup de cœur.

Impromptu parallèle

Ce mois-ci, deux romans coups de cœur au même style fluide et à l’intrigue haletante m’ont amenée à m’interroger sur la place à donner à ces histoires de jeunes publiées en littérature générale (éternelle question de la littérature passerelle) : à recommander à nos ados ou non ?

le jour oùLe jour où la guerre s’arrêta, de Pierre Bordage, Au diable vauvert, 2014.

Un jeune garçon, amnésique et plein d’empathie, surgit et parcourt le monde, de souffrances en violences. Face à ce constat, il propose alors une trêve à l’humanité et la neutralisation de toutes les armes, provocant une vague internationale d’incompréhension. Le jour où la guerre s’arrêta est un petit conte philosophique qui rappelle l‘Évangile du Serpent, version moderne de la vie du Christ. En résumé, l’Homme serait tellement empêtré dans ses conflits, qu’il serait incapable d’apprécier la paix ? Business, business oblige…

Le poison d’amour, d’Eric-Emmanuel Schmitt, chez Albin Michel, 2014.poison

Entre amitié à la vie à la mort, jalousies feutrées et manipulation, quatre adolescentes de 16 ans relatent dans leurs journaux intimes leurs questionnements et leurs rêves, en réponse aux modèles parentaux déliquescents. Mais voilà que l’amour s’en mêle et que l’amitié s’emmêle, dramatiquement.

 Tous les deux se lisent d’une traite et touchent finalement aux questionnements de l’adolescence mais avec une conclusion dramatique et, dans les deux cas, sacrificielle et désespérée, à mon sens. Où est l’espoir, 6 bips ! Enfin, étrange coïncidence que ces lectures croisées.

La Voleuse de livres : film versus livre

voleuse dvdLa Voleuse de livres. Film de Brian Percival. 2h11min. Sophie Nélisse. Fév. 2014. Sortie en DVD juin 2014.

« L’histoire de Liesel, une jeune fille envoyée dans sa famille d’adoption allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle apprend à lire avec le soutien de sa nouvelle famille, et de Max, un réfugié Juif qu’ils cachent sous leurs escaliers. Pour Liesel et Max, le pouvoir des mots ainsi que leur propre imagination vont devenir leur seule échappatoire face à la guerre. »[1]

En résumé, de jolis décors et de gentils interprètes… bref, le souffle et l’originalité du roman de Markus Zusak sont réduits (soyons gentils aussi, ne disons pas en miettes) à une gentille histoire, un peu triste et scolaire, détaillant la vie difficile d’une petite allemande, de parents communistes, recueillie dans une nouvelle famille pendant la Deuxième Guerre Mondiale.

Les nombreuses coupes dans le roman ont certainement conduit à cet affadissement bien-pensant. Ici, Liesel ne rejoint plus avec Trudy une troupe de chapardeurs « crève-la-dalle », les liens de voisinage disparaissent, ses relations avec la femme du maire ou avec Max sont simplifiées, les cauchemars traumatisants sur la mort de son petit frère sont occultés. Tout ce qui faisait la consistance des personnages, entre ombre et lumière, entre bien et mal, est amoindri, pour tendre vers un public rajeuni. Une déception donc.

voleuseA contrario, le roman, destiné aux adultes et ado, est remarquable par sa construction originale, son thème (le point de vue de la Mort et les difficultés des Allemands face au nazisme, la condition des jeunes allemands pendant la Deuxième Guerre Mondiale, l’amitié au-delà de tout, la révolte, l’acceptation) et sa densité.

La Voleuse de livres, Markus Zusak en Pocket. 2008.

Avis livre : ♥

[1] http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=204237.html [consulté le 15/05/2014]

Bibliographie Première Guerre Mondiale

Une bibliographie intitulée « Plus jamais ça », réalisée sous la coordination du Centre de Littérature de Jeunesse de Bruxelles,  présente divers livres sur la Première Guerre Mondiale et sur la paix.

http://www.calameo.com/read/001138215336111a87a72

[consulté le 29/04/2014].

Aharon Appelfeld – Adam et Thomas

adam Adam et Thomas d’Aharon Appelfeld à L’École des Loisirs. 2014. 150 p

Une jolie découverte chez EDL : un Médium illustré par Philippe Dumas ! Et en couleurs ! Comme quoi, il ne faut pas désespérer.

Adam et Thomas est un roman oscillant entre aventure robinsonne et vision onirique de la forêt. Le texte est fluide, l’écriture concise, et l’histoire émouvante parle d’amitié et de courage :  deux petits garçons juifs sont « abandonnés » par leurs mères dans la forêt, protectrice, nid, pour échapper au massacre des leurs par les nazis. Ils y survivent pendant des mois, avec débrouillardise et aides providentielles. Aharon Appelfeld revient ici sur sa propre histoire, dans une version consolatrice, lui conférant la dimension d’un conte philosophique et abordant finement des questions fondamentales : la vie, la mort, la foi, l’amitié malgré les différences (grâce aux?).

Les niveaux de lecture sont multiples, marque d’un bon livre. Il emportera les bons lecteurs dès le CM2 mais aussi les adultes par son optimisme, alors que l’on y perçoit les heures sombres de l’histoire. Un seul regret : les illustrations, même magnifiques à l’aquarelle, ne sont que des illustrations. Prochaine étape… le roman graphique ?

Entretien très intéressant avec l’auteur à l’adresse suivante : http://www.ecoledesloisirs.fr/php-edl/catalogues/PlaquetteRepreAdamEtThomasBD.pdf

Avis : coup de cœur

A propos de création : Michael Morpurgo

Michael-Morpurgo-001

Anglais, né en 1943 à St Albans (Hertfordshire), Michael Morpurgo se destine initialement à une carrière militaire puis choisit d’enseigner l’anglais. C’est en tant qu’enseignant en primaire qu’il découvre ses talents de conteur et devient, par accident, écrivain…

How he became a writer and a storyteller. Interview VO Harper Collins Children’s Book, publié le 26/01/2010.

Un engagement auprès de l’enfance défavorisée. Il épouse Clare Lane, qui est la fille du fondateur des Editions Penguin Books, lequel sera son premier éditeur. Tous les deux mènent de très nombreuses actions en faveur de l’enfance défavorisée et à compter des années 1970 exploitent une ferme dans le Devon pour les accueillir. Plus

A lire, à voir : La trahison d’Einstein

30trahisonLa trahison d’Einstein d’Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, 2014

Jolie pièce de théâtre, dans le style si fluide d’Eric-Emmanuel Schmitt ; les deux personnages principaux, Einstein et le vagabond sont très convaincants, les répliques fusent et font mouche, alliant humour et réflexion sur l’engagement politique et scientifique, sur le pragmatisme nécessaire pour lutter pour ses idéaux, contre le fascisme. Face au nazisme et à la course à la bombe A, Einstein doit-il laisser son pacifisme sur « l’étagère à principes » ?

Création en cours au Théâtre Rive Gauche avec Francis Huster et Jean-Claude Dreyfus, excellents par leur interprétation juste et sobre, dans un décor filmé dynamique.

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