Histoire de la bibliothèque centrale de Colombes

Le 2 août 1856, la Société de Secours Mutuels Saint Pierre de Colombes fonde une bibliothèque privée dans une maison située Place Julien Gallé (anciennement rue d’Asnières), afin de « mettre de suite à la disposition de ses adhérents les nombreux ouvrages que des généreux donateurs leur avaient fait parvenir à cet effet, et qui avaient été réunis et exposés dans des armoires-vitrines qui meublaient le siège de la Société […] anciennement salle de la Bibliothèque » [1]

En 1873, elle est mise gratuitement à la disposition de tous les habitants de la commune avant d’être cédée à la Ville de Colombes en 1877. En 1897, la bibliothèque est transférée dans un immeuble sis 3, boulevard de Verdun, laissé disponible par les Dames de la Providence (qui s’installent dans l’actuel collège Jeanne d’Arc, alors propriété de Mme Audra).

Il faut attendre 1906 pour qu’apparaisse le terme de « bibliothèque enfantine » dans la délibération du Conseil Municipal n° 4112 du 23 février 1908 relative au Compte rendu moral et financier de la bibliothèque municipale en 1906 : les enfants réalisent alors 1336 prêts sur 16101.

En 1950, la bibliothèque est transférée dans le square situé 33, rue des Cerisiers (superficie 200 m²), dans un petit bâtiment sur cour de l’immeuble d’Habitations à Bon Marché.

« […] dans le cadre souriant, clair et confortable […]. Le nombre des lecteurs s’élève à environ 10.000 pour 90.000 livres sortis en 1954. La bibliothèque est ouverte à tous, tous les jours de 9h30 à 11h30 et de 14 à 19h […] En dehors des prix littéraires, la bibliothèque comprend de nombreux romans recommandés par la critique, des ouvrages pour la jeunesse. Une cinémathèque scolaire, dotée de nombreux films pour enfants […] une salle gaiement décorée de sujets tirés de fables de La Fontaine et des contes Perrault est réservée aux enfants.

Sur 80 communes du département de la Seine, la bibliothèque de Colombes est maintenant classée deuxième pour la sortie des livres. [2] Plus

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L’homme qui mit fin à l’histoire – Ken Liu

L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, Le Bélial’, col. « Une heure lumière », 2016, ISBN 978-2-84344-909-3, 8.90 €

Deux scientifiques trouvent un procédé pour retourner dans le passé, en tant que simple observateur, à raison d’une visite unique et d’un visiteur à la fois par période. La bulle d’information devient ensuite inaccessible. Cette technique offre ainsi un outil de témoignage au service de la vérité, pour dénoncer les atrocités commises par les Japonais dans l’Unité 731 pendant la deuxième guerre mondiale… bouleversant les constructions historiques et les alliances contemporaines.

Sous forme documentaire, Ken Liu revisite de façon magistrale le voyage dans le temps. Sans complaisance, il met au grand jour les périodes sombres de l’histoire, en l’occurrence l’Unité 731, camps de la mort japonais. Quid dès lors des relations internationales reconstruites, des compromissions et des secrets d’Etat dévoilés ? Que devient l’Histoire, écrite par les vainqueurs, face à la vérité nue… ?

Celle qui sentait venir l’orage

celle qui sentaitCelle qui sentait venir l’orage d’Yves Grevet. Syros. 2015

Ce roman est venu habiter une nuit d’insomnie, avec bonheur. Thriller fantastico-historique très rythmé et angoissant, celle qui sentait venir l’orage est Frida, la fille d’un couple de criminels bestiaux, pendus haut et court. Frida ne reconnaît guère ses parents dans cette description. Mais on est en 1897, au nord-est de l’Italie, à ladite « Belle-Epoque », au coeur des théories scientifiques les plus loufoques et avérées de cette période. Que peut faire une jeune fille pauvre face à la vindicte populaire ? Frida fuit donc la folie des villageois et cherche refuge chez le docteur Grüber à Bologne. Et finalement, n’y-a-t-il pas un fond de vérité ? Frida est brune, poilue, différente, étrange. Fille de la bête ou cobaye, qu’est réellement Frida ? Glaçant et se lisant d’une traite, ce roman glisse du fantastique à l’enquête policière l’air de rien et tient le lecteur en haleine du début à la fin. Bravo. A partir de 13 ans.

La Joie par les livres

Histoire des bibliothèques pour enfants : des modèles précurseurs (2/2)

De manière discrète, le modèle d’aménagement de l’Heure Joyeuse est complété à la fin des années 1960. Pour Anne Gruner-Schlumberger, qui crée en 1963 La Joie par les livres, il convient d’offrir aux enfants, des endroits qui leur seraient exclusivement destinés, « pour lire au calme et en liberté, dans une période de vie où tout est bruit et mouvement ».[1] En 1965, au sein du quartier défavorisé de la Cité de la Plaine à Clamart, s’ouvre donc une bibliothèque pour enfants, pilote, construite toute en rondeur et conçue par l’architecte Gérard Thurnauer. Si les aménagements et activités propres aux Heures Joyeuses sont maintenus (jardin, Heure du conte), sur 500 m² consacrés à l’accueil du public (surface considérable par rapport aux autres sections jeunesses), les petits lecteurs gagnent en liberté de mouvements. Le lieu est apaisant, protecteur et coloré, non visible de l’extérieur, avec une salle pour les tout-petits et des coussins, avec une répartition par âge et par activités, avec la création d’espaces évoquant les constructions enfantines (une tour sans accès), sans cloisons, comportant des recoins pour lire paisiblement et d’autres permettant les échanges et la lecture collective. Enfin, fait rare à l’époque trois bibliothécaires et une personne spécialisée pour l’animation assurent l’accueil. Il ne s’agit donc plus d’accueillir des enfants sages pour une lecture silencieuse, mais bien de prendre en compte la spécificité enfantine et de proposer des postures à la fois individuelles et intimistes de lecture.

source : petitebiblioronde.com

A partir du début des années 1970, avec le rattachement de La Joie par les livres à l’Ecole Nationale des bibliothécaires en 1972, le recensement du Bulletin des bibliothèques de France témoigne que le modèle commence à se répandre : Saint-Etienne, Caen, Massy, Dunkerque, Malakoff, Lyon, Montreuil, Meaux. [2] Dans les bibliothèques municipales, le service des enfants fait désormais partie intégrante de la bibliothèque, au même titre que la discothèque : à la fin des années 1980, les sections jeunesse se sont banalisées grâce aux au rôle moteur mais méconnu des annexes de quartier des grandes villes et des bibliothèques de la banlieue parisienne.

Contrairement à l’univers clos de La Joie par les livres qui n’offre pas d’évolution possible pour les classes d’âge supérieures, les bibliothèques municipales respectent cependant les recommandations de Jean Bleton : « Les enfants qui auront pris le chemin de leur bibliothèque connaîtront ipso facto celui de la bibliothèque ouverte aux plus âgés et, sans heurt, sans coupure pour ainsi dire, le passage se fera de l’un à l’autre. »[3] La section jeunesse constitue donc un espace transitionnel qui permet un mixage entre le public adulte et le public des enfants. La section jeunesse de la Bibliothèque Jacques Prévert à Colombes en constitue un bon exemple : elle partage le sous-sol avec la section des adultes, leurs entrées respectives s’ouvrant sur un même palier.

[1] Weis, H. (2005). « Anne Schlumberger (1905-1993) ou la naissance de La Joie par les livres … mythe ou utopie ? » in La Revue des livres pour enfants n° 224 : p. 72
[2] Weis, H. (2005). Les bibliothèques pour enfants entre 1945 et 1975. Paris : Éd. du Cercle de la Librairie : p.57-60
[3] Weis, ibid. op.cit. p. 40

Liens intéressants

Le dictionnaire de l’ENSSIB

La petite bibliothèque ronde

La Revue des livres pour enfants (RLPE)

Le Centre national de la littérature pour la jeunesse / JPL

NB : Cet article est un extrait du Travail d’Étude et de Recherche du 22/05/2013 : « Histoire des bibliothèques pour enfants et de la notion de lecture-plaisir »

L’Heure Joyeuse

Histoire des bibliothèques pour enfants : des modèles précurseurs (1/2)

Après la Première Guerre Mondiale, un ensemble de bibliothèques pour enfants d’un nouveau genre est mis en place dans les villes de province, en lien avec le réseau des bibliothèques américaines de l’Est, et en région parisienne. Dès 1924, L’Heure Joyeuse, financée par le Book Comittee on Children’s Libraries  ouvre ses portes à Paris, en « hommage au courage des enfants français pendant la guerre ». Elle répond à une volonté utopique de modernisation portée par Eugène Morel, sur le modèle anglo-saxon : « une bibliothèque pour jeunes, publique et gratuite qui doit faire œuvre de paix en promouvant une littérature mondiale pour la jeunesse. » La bibliothèque est l’organe essentiel à la vie de la cité et surtout à l’intégration citoyenne.

« Ex-libris d’origine de l’Heure Joyeuse, créé et collé dans tous les livres dès 1924 » (source BBF ENSSIB)

Suivant le principe « More an home than a school », l’ambiance en est soignée : fleurs, rideaux, mobilier adapté aux enfants et une mixité révolutionnaire. L’implantation dans un quartier populaire assure aussi le mélange d’enfants de conditions sociales différentes. Les premières bibliothécaires Claire Huchet, Marguerite Gruny et Mathilde Leriche, conteuses, initient la profession de bibliothécaire pour la jeunesse en France, la formation afférente et un réseau pluridisciplinaire, grâce à l’accueil d’universitaires, de stagiaires et d’éditeurs comme Paul Faucher du Père Castor. Participant aux mouvements des éducations nouvelles, elles s’inspirent de Roger Cousinet et Célestin Freinet, prônant des pratiques actives pour l’épanouissement de l’enfant autonome. Pour le responsabiliser, l’accueil à partir de 6 ans est formalisé par la signature d’un engagement et elles assurent de nombreuses animations : oralité avec l’Heure du Conte et des activités théâtrales, rédaction du journal de la bibliothèque et expositions par les enfants, hymne, autogestion, lecture hors les murs.

Enfin, une politique rigoureuse d’acquisitions est déployée avec la définition de critères d’analyse comme le niveau de langue, la typographie, le rapport texte/image, l’ouverture au monde et l’adéquation avec les publics pour offrir une collection de livres d’une grande qualité littéraire et artistique. Les enfants ont le droit d’accéder à leur patrimoine littéraire, qui reste à constituer.

1.      La diffusion du modèle technique dans les bibliothèques municipales

Le modèle est ensuite lentement diffusé dans les bibliothèques municipales, sous l’impulsion de militants de la littérature enfantine tels que Charles Schmidt, inspecteur général des bibliothèques et des archives, de 1928 à 1940, convainquant maires et bibliothécaires. « Ce qui est très important à nos yeux, c’est que les enfants ne se retrouvent pas dans l’atmosphère, ni devant le mobilier dont ils ont l’habitude en classe […]. Mobilier et cadre doivent d’emblée faire sentir à ceux qui entrent pour la première fois dans cette bibliothèque, qu’ils viennent d’accéder dans un royaume qui est le leur et que c’est bien une heure joyeuse qui s’offre à eux. »[1] Le modèle de l’Heure Joyeuse de Paris repose sur une nécessité de confort avec du mobilier adapté à la taille des enfants, une idée d’ouverture et de liberté via le jardin qui permet des lectures en plein air et jusque dans les années 1970, la présence d’une cheminée renvoyant au « cocon » du lieu imaginaire des contes. Plus

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